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Interview de Marina Carrère d'Encausse

Marina Carrère d’Encausse, médecin et journaliste, codirige actuellement le magazine de la santé sur France 5. Auteur d’un ouvrage « Alcool : les jeunes trinquent », elle revient sur le développement des pratiques à risque et nous livre ses conseils en matière de prévention.



Les modes de consommation ont-ils changé chez l’adolescent ces dernières années ?

« Ce qui a nettement changé ces dernières années c’est la précocité de l’initiation à l’alcool. 60 % des adolescents ont essayé à 11 ans et 6 % ont déjà été ivres à cet âge ! Autre évolution, la régularité de la consommation qui se manifeste dès 16 ans.

Enfin, les cas d’ivresse sont clairement en hausse. Sans que l’on puisse parler d’un comportement répandu de « binge drinking », alcool défonce ou biture express venu d’Angleterre, qui consiste à boire le plus vite possible le plus d’alcool possible, les jeunes Français recherchent la quantité d’alcool pour les effets qu’elle produit. Quant à une différence de comportement entre les filles et les garçons, elle s’atténue. Les filles boivent de plus en plus jeunes et sont de plus en plus nombreuses à connaître des ivresses. »


Quels sont les risques de la consommation d’alcool à l’adolescence et pensez-vous que tous les jeunes qui cherchent l’ivresse sont en danger ?

« Les risques immédiats sont nombreux, le plus grave étant le coma qui peut être mortel. On dispose de peu de chiffres mais ils sont clairement en augmentation et concernent garçons et filles, parfois très jeunes.

Il y a aussi les risques d’accidents sur la voie publique (deux roues, voiture mais aussi piétons) : l’alcool est la cause de près de la moitié des accidents mortels des adolescents et des jeunes adultes. Bien souvent aussi, les jeunes alcoolisées prennent des risques, comme la baignade en fin de soirée. Autre danger : celui de la violence engendré par la prise d’alcool et, moins connu, le risque sexuel. 30 à 40 % des premiers rapports ont lieu sous alcoolisation et bien souvent sans protection, avec des conséquences en termes de grossesse et de transmission de virus (HIV, hépatites).

A long terme, l’alcool est délétère pour le cerveau, le foie, le système cardiovasculaire… Ces effets ne sont pas spécifiques aux jeunes. En revanche les risques liés à la précocité de la consommation et aux ivresses le sont : d’une part la mémoire et plus largement le cerveau sont en danger avec des risques de maladie psychiatrique ; d’autre part, ces jeunes seront plus sujets à la dépendance (à l’alcool ou à d’autres produits) à l’âge adulte. »


A partir de quand faut-il s'inquiéter et à qui s'adresser ?

« Il faut s’inquiéter lorsque votre enfant met sa santé en danger :
  - s’il consomme régulièrement de l’alcool
  - si vous l’avez déjà vu plusieurs fois ivre
  - s’il ne parvient pas à passer de bons moments sans alcool
  - si ses résultats scolaires baissent du fait de ses sorties
  - si manifestement ses capacités de mémorisation et de concentration sont altérées …
  - Évidemment s’il a fait un coma
  - s’il consomme alcool et cannabis

L’idéal est de pouvoir en parler avec lui et l’amener à consulter le médecin de la famille, un spécialiste (addictologue, alcoologue), une consultation spécialisée où les jeunes peuvent être pris en charge (le ministère en a mis en place dans de nombreux lieux). »


Entre prévention et répression, quand et comment en parler avec son ado ?

« Il faut essayer d’en parler avant que les problèmes n’arrivent, savoir dès l’âge de 12-13 ans où en est son enfant avec l’alcool, même si l’on est persuadé qu’il n’a jamais bu. Pour cela, il faut biaiser, ne pas l’attaquer de front en lui disant « as tu déjà bu ? » mais « aux fêtes où tu vas, il y a de l’alcool ? » ou « tes copains ont déjà bu ? ».

Mis en confiance, l’enfant va parler des autres et vous saurez déjà un peu mieux. Surtout, vous pourrez lui parler des dangers, non pas à long terme mais à court terme et lui dire que votre but est qu’il ne s’abime pas, qu’il ne prenne pas de risque pour lui.

Et si votre enfant rentre ivre un soir, vous devez lui en parler dès le lendemain. Cela suppose que vous soyez là quand il rentre de soirée, pour apprécier son état. La répression est inutile et contreproductive. Le rôle des parents doit être de prévenir, d’expliquer, être là, accompagner et ne pas lâcher ! »


Quelle serait pour vous la prévention la plus efficace ?

« Il n’y a pas de solution parfaite et unique. Les autorités ont déjà fait beaucoup avec la loi HPST de Madame Bachelot, même si tout n’a pu être fait, en raison notamment du lobby des producteurs d’alcool. Mais on constate déjà des avancées. Les associations font un travail remarquable qui contribue à modifier les comportements : certains jeunes, par exemple, ont pris l’habitude de ne plus boire au cours de leurs sorties pour raccompagner les copains …

Reste… les parents. Je crois profondément que leur rôle est d’assurer une prévention, en s’appuyant bien sûr sur la loi. Mais pour agir efficacement il faut qu’ils soient armés pour cela, qu’ils aient la connaissance et des conseils. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre. »




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